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CE JOUR OÙ UN LION A CROISÉ MON REGARD
Dans le Serengeti, deux lions. L’un nous a ignorés, l’autre a soutenu mon regard. Un face-à-face silencieux, inoubliable, entre l’homme et le roi de la savane.

Il y a des moments qui s’inscrivent profondément, sans prévenir. Ce jour-là de 2021, dans le Serengeti, j’ai croisé le regard d’un lion. Ou plutôt, il a croisé le mien. Et pendant quelques secondes, j’ai oublié comment respirer, une émotion inédite.
« L’homme ne peut pas soutenir le regard du lion. Il baisse toujours les yeux en premier », m’avait ensuite expliqué Kelvin quand je lui avais décrit la scène le soir, encore tout émue par cette incroyable rencontre.
Deux frères dans les herbes du Serengeti
C’était la fin de l’après-midi. Cette lumière unique, dorée, presque irréelle, enveloppait les plaines du Serengeti. J’accompagnais une famille française, traduisant les paroles de Faraji, notre guide tanzanien anglophone à l’époque (depuis il parle français). Le moteur du 4×4 ronronnait faiblement alors que nous cherchions des signes de vie dans les hautes herbes du Serengeti.
Faraji ralentit. Il avait repéré au loin les deux splendides rois de la savane.
— There they are. Two brothers.
Deux lions mâles. Couchés côte à côte. L’un d’eux leva brièvement la tête à notre approche, nous jeta un regard distrait, presque indifférent, puis la reposa sur ses pattes comme s’il n’avait rien vu d’intéressant.
Mais le second… ne détourna pas les yeux.
Le regard
Il a légèrement redressé la tête, ses yeux ambrés rivés sur moi. C’était comme si le reste du monde avait disparu. Il me fixait. Pas avec colère. Pas non plus avec curiosité. Juste… avec une intensité tranquille, lourde de sens.
Je sentais chaque battement de mon cœur. J’ai cessé de traduire pour la famille. Les mots ne servaient plus à rien. Seul ce regard comptait.
J’ai pensé, l’espace d’un instant, que Faraji allait démarrer le moteur. Mais il ne bougea pas. Il dit simplement :
— Don’t be afraid.
Facile à dire…
Je ne savais pas ce que ce lion voyait en moi. Un visiteur pacifique ? Un être humain de plus dans son monde ? Ou bien son futur repas ? Je ne pouvais pas le lire. Mais lui, me lisait, j’en étais certaine.
J’ai senti ma main trembler légèrement alors que je remontais lentement la fenêtre du véhicule. Par réflexe, par instinct. Une barrière fragile entre moi et ce lion sauvage mais totalement paisible et presque intrigué.
Qui regarde qui ?
Il n’a pas cligné des yeux. Pas une seule fois. Il a tenu ce regard longtemps. Plus longtemps que ce que j’aurais cru possible. Et c’est moi, évidemment, qui ai détourné les yeux la première.
Ce n’était pas de la peur. C’était une reconnaissance de sa supériorité et de son autorité. Comme si, face à ce lion, mon humanité ne valait plus grand-chose. Il n’avait ni besoin de rugir, ni de bouger mais juste d’exister. Et cela suffisait à tout imposer.
Je me suis humblement inclinée devant celui que l’on nomme le roi des animaux.
L’homme face au sauvage
Depuis ce jour, je me demande souvent ce qu’il voyait, ce lion. Pourtant, j’ai des dizaines de safaris à mon actif, mais c’est la seule fois où j’ai vécu cette situation de connexion totale avec un lion.
Faraji m’a dit ensuite :
— Certains lions te regardent. D’autres te traversent.
Je ne saurais dire ce que j’ai ressenti exactement. De la fascination, de toute évidence. Mais surtout une forme d’humilité que rien, dans nos vies modernes, ne prépare à ressentir. Je ressens régulièrement ce sentiment face aux animaux sauvages dans la savane.
Un regard plus fort que les mots
Je n’ai pris qu’une seule photo. Il y avait dans ce moment quelque chose de trop authentique qui ne se capture pas en image. Je voulais qu’il reste à sa place dans ma mémoire, pas dans la galerie photos de mon téléphone.
Depuis, je repense souvent à ces deux frères. L’un indifférent, l’autre inoubliable. Deux attitudes face au monde. Deux manières d’exister. Et peut-être aussi, deux réponses à la présence humaine.
Un lion m’a regardée, ce jour-là.
Et j’ai baissé les yeux.
Quelques autres regards de lions en image
